FRANCE 2004 - 2007
© Lê Chau-Cuong / BaSoH
Hotel de la Meuse. Hotel-bar plus ou moins meublé comme il peut en exister par centaine à Paris.
Derrière sa baie vitrée dépolie, des ombres se meuvent silencieusement. Parfois une sourde musique d'ailleurs s'échappe du poste. Souvent le regard perdu au loin, dans des souvenirs d'une vie qui est passée si vite, les clients s'affairent devant le comptoir, tapent le carton, boivent leur café noir.
Houcine, Mohand, nombre d'entre eux ont quitté leur pays une trentaine, voire quarantaine, d'années déjà. On parle de l'Algérie souvent. Ils sont partis pour une vie meilleure, en France, abandonnant femmes et enfants. Certains ne sont toujours pas régularisés, d'autres ont leurs papiers et retournent occasionnellement, entre 2 emplois précaires, au « bled ».
La famille est maintenant ici, à l'hôtel de la Meuse. Sous les yeux bienveillants du propriétaire, Ahmed. On y fête tous les évènements de l'année : Ramadan, Laïd, nouvel an, nouveau job, décès d'un tiers là-bas en Kabylie etc.
Je regarde ces hommes, et je vois avec tendresse des vies en suspends, solitaires, en transit, faites de système D et d'entraide communautaire, de rêves perdus, d'angoisses aussi, de précarité bien entendu.
Scènes autour du comptoir, lieu où tous aiment à se retrouver. Car à l'étage, dans sa chambre, on s'y sent seul, enfermé, on s'y terre avec ses souvenirs et peut-être ses regrets...
[ Reportage photo en développement ]